61FJIJHaVAL._SL1500_Elle a été révélée en France avec son best-seller au titre appétissant, « La singulière tristesse du gâteau au citron », mais ce n’est pourtant pas le premier ouvrage de l’auteure américaine Aimee Bender, 45 ans. Rares sont les écrivains qui possèdent un univers si particulier qu’on peut y plonger ou décrocher dès les premières pages, un monde où la réalité est modifiée de quelques paramètres, comme sait le faire Wes Anderson au cinéma.

Dans « L’ombre de moi-même », son premier roman, le personnage central est une jeune femme de 20 ans, Mona, apparemment surdouée, mais surtout douée pour saboter sa propre vie, de sa relation avec les hommes à la course à pieds, et tout ça, parce qu’un jour son père est tombé malade – une maladie inexplicable, qui enlève les couleurs à la vie, rendant le pauvre homme aussi terne qu’un dimanche pluvieux. Mona se réfugie dans les chiffres, d’étranges TOC, et l’enseignement – très particulier – des mathématiques à des élèves d’élémentaire.

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Jessica Alba a interprété le rôle de Mona (« L’ombre de moi-même ») au cinéma.

En lisant la plupart des avis de lecteurs, cet ouvrage peine à plaire, parce que son intrigue est peu claire, sa construction ne correspond pas à la norme ; mais pourquoi vouloir absolument qu’une histoire ait un but ? Le goût amer laissé par la fermeture du bouquin est, justement, ce qui le rend marquant : ceci n’est pas une histoire avec un début, des péripéties et une fin, ni un documentaire sur les TOC et le rôle des chiffres dans notre société. Ce livre, ce sont les chemins croisés de personnages un peu fous, un peu bizarres, qui nous sortent du quotidien.

« La singulière tristesse du gâteau au citron », pourtant dans la même veine que le précédent, a, en revanche, enthousiasmé des lecteurs du monde entier. Les tournures de phrases et les descriptions de Los Angeles sont superbes ; celles des relations familiales, et particulièrement entre la narratrice, sa mère et son frère, sont étrangement bouleversantes. Le livre est tout juste à mi-chemin entre le fantastique et le portrait très réaliste de la « middle-class family » américaine, mais on ne bascule jamais totalement dans l’un ou dans l’autre. C’est là tout l’art de cet ouvrage, qu’on dévore avec délice, contrairement à ce fameux gâteau au citron, point de démarrage de l’histoire.

Rose et Mona, les personnages des deux romans, auraient pu être de vraies héroïnes, mais elles ont choisi de rejeter leurs dons. Peut-être aiment-elles être malheureuses, après tout.

Aimee Bender, romancière des ombres ?

L’ombre de moi-même, Ed. Points, 2013, 7,20 euros (poche).

La singulière tristesse du gâteau au citron, Ed. Points, 2014, 7,20 euros (poche).

Claire Faugeroux

Claire Faugeroux

"Y" dans l'âme, fermement décidée à prouver que sa génération a construit sa propre culture, nez collé aux écrans... ou pas !
Claire Faugeroux

Written by Claire Faugeroux

"Y" dans l'âme, fermement décidée à prouver que sa génération a construit sa propre culture, nez collé aux écrans... ou pas !

1 Comment

Manou

Je viens de finir ce roman et j’ai du mal à comprendre les critiques négatives… (pourtant je pense être une lectrice assez exigeante). Personnellement, j’ai adoré. J’ai trouvé le personnage de Mona terriblement attachant, avec ses tocs et son incapacité à se réaliser. La fin offre une lumière d’espoir sans niaiserie… Franchement ce fut une lecture singulière, qui ne me lâchera pas de sitôt !

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