Cet article est extrait du n°12 de la revue Y, téléchargeable ici.

Quelle ne fut pas notre joie, à nous, petits Français, d’accueillir en 1992 le parc Euro Disney (passé Disneyland Paris en 1994), premier site européen vendeur de magie et d’oreilles de souris. À la fois représentatif d’une tendance à la mondialisation, et même à l’ « américanisation » de notre société, il est devenu, je pense, symbolique d’une génération gâtée et nourrie aux films de Walt Disney, mais surtout, née en plein cœur d’une crise que parfois, les paillettes et le château de la Belle au Bois Dormant suffisent à faire disparaître. Rendez-vous au pays des rêves.

Photographie : David Jafra.

Photographie : David Jafra.

Avant toute chose, il faut savoir que je suis personnellement atteinte d’hystérie lorsque j’ai la chance d’aller (pour la dixième fois) à Disneyland Paris, d’autant que depuis peu, une ligne TGV directe me permet d’atterrir dans un monde merveilleux, où chômage et élections européennes passent soudainement en arrière-plan. La différence entre Disneyland et les autres parcs d’attractions (oui, même Astérix !), c’est qu’ici, je n’ai pas le choix : je suis déjà ailleurs, plongée dans une ville américaine digne d’un décor de cinéma (Main Street USA).

Je suis soudain cowgirl ou indienne, dans un Far West où se côtoient la plus réussie des maisons hantées et le train de la mine, toujours à la limite du déraillement (en apparence, bien sûr) sur une montagne aux flancs acérés. Un peu plus loin, Indiana Jones et Robinson Crusoé m’attendent, mais je n’ai d’yeux que pour Jack Sparrow et mon attraction favorite – incontournable – « Pirates des Caraïbes », qui a inspiré la série de films du même nom.

Mon énervement (à cet instant, j’ai à peu près 5 ans d’âge mental) atteint son paroxysme en arrivant à Fantasyland, le plus « girly » des mondes du parc, et celui où vous aurez le plus de chances de croiser Mickey, Daisy, Belle ou encore Tic et Tac… Une chose à savoir : les attractions étant conçues pour les plus petits, préparez-vous psychologiquement, les enfants y sont ici particulièrement insupportables nombreux. Dans le genre insupportable mémorable, je vous invite à essayer « It’s a small world », pas forcément pour découvrir le monde, ni pour la balade en bateau, mais pour comprendre comment une chanson, aussi simple soit-elle, peut tourner au lavage de cerveau en deux refrains. Vers l’infini et au-delà, mon film s’arrête au royaume des geeks, Discoveryland, dont l’attraction phare (jamais testée, mon estomac refuse), Space Moutain, a son lot d’adeptes, tout comme Star Tours (featuring R2D2) et la découverte du Nautilus de Jules Verne et de sa pieuvre géante.

Le soleil se couche au pays magique, je redeviens peu à peu adulte, spectatrice d’une parade de personnages qui, visiblement, ont appris à agiter la main auprès d’Elizabeth II. Mes yeux croisent, ceux,  brillants, de milliers d’enfants. Je commence à comprendre : Disneyland, ce n’est pas qu’une formidable machine à sous et à régression, c’est l’endroit en France où votre petit cœur d’enfant se fait plus gros que d’habitude.

Interview

Visiter Disneyland, c’est bien, mais y travailler, c’est comment ? Voilà la question, entre autres, que j’ai eu envie de poser à Sujitha, ancienne employée du parc.

Tout d’abord, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?
Sujitha Vulli, j’ai 26 ans, je suis en Master 2 de L’Institut Supérieur de Commerce de Paris. J’ai une double compétence en Technologie et Management des Systèmes d’Informations.

Pourquoi avoir postulé à Disneyland ?
J’ai postulé à Disney pour leur poste de consultante ITIL dans le cadre de mon stage de fin d’année.

Quelles étaient tes missions pour le parc ?
Je n’étais pas dans le parc d’attractions mais en backstage pour la Direction des Systèmes d’Informations de Disneyland Paris. J’y suis restée 6 mois, pendant lesquels je devais accompagner les utilisateurs à la migration et l’utilisation de deux nouvelles applications ; du concept à l’intégration, j’ai tout fait avec la chef de projet.

Est-ce qu’il y a des aspects de « l’envers du décor » auxquels tu ne t’attendais pas ?
Je n’ai rien à dire à ce sujet, à Disney quand tu es cadre et que tu as une bonne position, c’est plutôt à ton avantage.

Le parc n’a pas toujours bonne réputation dans le domaine des ressources humaines (« usine », salaires bas, suicides d’employés ces dernières années), est-ce que c’est quelque chose que tu as pu constater sur le terrain ?
Je n’ai rien vu de négatif à ce sujet chez Disney quand j’y ai travaillé.

Qu’as-tu appris de cette façon de travailler « à l’américaine » ?
Le travail en backstage en tant que cadre est plutôt bien « à la française », minimum 5 heures par jour et management de notre temps de travail.

Est-ce qu’on peut évoluer facilement au sein de l’entreprise ?
Sans souci, avec un bon travail.

La moyenne d’âge des salariés me semble plutôt jeune ; est-ce que tu as gardé des contacts avec d’autres (ex-)employés ?
Oui, je suis toujours en contact avec certains de mes collègues mais j’étais la plus jeune, la moyenne d’âge des employés de la DSI est de 40 ans.

Pourquoi est-ce selon toi un lieu incontournable du tourisme [Ndlr : lieu le plus visité en France, devant la Tour Eiffel] ?
Il n’y a que cinq Disneyland au monde [Ndlr : aux Etats-Unis (en Californie et en Floride), au Japon, en Chine et en France], et celui-ci est celui de l’Europe.

D’après toi, pourquoi les jeunes adultes et adolescents d’aujourd’hui continuent-ils d’être fascinés par Disneyland ?
Ils sont fascinés car c’est une sorte de retour en enfance.

Quel est ton meilleur souvenir lié au parc ?
La photo de famille avec mes collègues dans la Tour de la Terreur [Ndlr : attraction des Walt Disney Studios].

Si demain on t’appelle pour y bosser à nouveau, tu y vas ?
C’était une expérience fort enrichissante. J’y retournerais en fonction de la paie proposée.

Claire Faugeroux

Claire Faugeroux

"Y" dans l'âme, fermement décidée à prouver que sa génération a construit sa propre culture, nez collé aux écrans... ou pas !
Claire Faugeroux

Written by Claire Faugeroux

"Y" dans l'âme, fermement décidée à prouver que sa génération a construit sa propre culture, nez collé aux écrans... ou pas !