Benoit vous parlait en octobre dernier de cours de codage destinés aux jeunes à Paris : les initiatives dans le domaine se développent également à vitesse grand V en province, notamment à Poitiers, au Lieu Multiple. Le pôle de création numérique de l’Espace culturel et scientifique Mendès-France organise régulièrement, depuis septembre 2014, des cours dits «d’informatique déconnectée» pour initier le plus grand nombre, et en particulier les enfants, au codage informatique.

Après le cours  d’informatique déconnectée  donné par  trois professeurs de l'université de Poitiers,Thierry Pasquier, chargé de la communication et des projets de logiciels libres au Lieu Multiple de Poitiers  encadre les enfants dans leur découverte du logiciel Scratch qui initie  au codage informatique.

Après le cours d’informatique déconnectée donné par trois professeurs de l’université de Poitiers, Thierry Pasquier, chargé de la communication et des projets de logiciels libres au Lieu Multiple, encadre les enfants dans leur découverte du logiciel Scratch, qui initie au codage informatique. (C) Matthias Hardoy.

«L’informatique déconnectée»: l’association de ces deux mots ne va pas de soi, on a même l’impression d’avoir à faire à un oxymore. Pourtant, au Lieu Multiple, espace de débat et d’ateliers consacrés au numérique et aux nouvelles technologies, on peut suivre depuis septembre 2014, des cours «d’informatique déconnectée» donnés par Sylvie Alayrangues, Samuel Peltier et Laurent Signac, trois enseignants-chercheurs en sciences fondamentales et appliquées à l’Ensip de l’université de Poitiers.

L’informatique déconnectée, c’est en vérité une autre manière d’envisager et de se confronter au numérique : « C’est une formule qui est là pour marquer les esprits, pour frapper l’imaginaire ! En vérité, on voulait faire comprendre qu’il était possible d’avoir une compréhension intellectuelle et ludique du codage informatique sans avoir allumé un seul ordinateur» lance, avec un poil de malice dans la voix, le sémillant Thierry Pasquier, chargé de la communication et des projets de logiciels libres au Lieu Multiple. En effet, c’est à travers le jeu et les mathématiques que ces cours tentent d’expliquer le fonctionnement des algorithmes numériques omniprésents dans nos vies.

Selon Sylvie Alayrangues, «l’informatique est à la fois une science et une technique au cœur de nombreux outils qui ont véritablement envahi notre quotidien. Il est maintenant indispensable en tant que citoyen de comprendre comment cela fonctionne pour mieux utiliser voire créer ses propres outils informatiques. L’enjeu principal est de ne pas se laisser dépasser et dominer par le numérique, comme le démontre le slogan percutant de ces cours : « programmer pour ne pas être programmé ! » Il est provocateur mais exprime bien notre ambition. On veut, à travers ces cours, initier les participants à l’esprit du codage informatique. Le but est de donner une image réaliste de l’informatique sans naïveté et sans technophobie» affirme Thierry Pasquier.

 L’initiative est politique dans le sens le plus noble du terme, ce que confirme Sylvie Alayrangues :

« Dans un certains nombre de pays, l’informatique est déjà intégrée depuis de nombreuses années aux programmes scolaires en tant que discipline à part entière, elle est enseignée par des personnes ayant elles-mêmes suivi un long cursus en informatique. En l’absence d’un Capes ou d’une agrégation en informatique, la France est pour le moment dans l’incapacité de suivre cette voie. En attendant une décision politique de grande envergure permettant d’offrir réellement à tous un accès à une éducation informatique de qualité, les initiatives comme la nôtre se développent !»     

Organisés le mercredi après-midi, les cours sont ouverts à tous mais attirent surtout des enfants. Le professeur détaille avec verve et un grand enthousiasme le contenu des séances :

« Les ateliers que nous proposons se déroulent essentiellement en deux phases. Pendant la première partie, nous proposons aux participants, majoritairement des enfants, des jeux, des exercices pour comprendre certains concepts et méthodes de l’informatique. C’est ce que nous appelons l’informatique déconnectée. Dans la deuxième phase, on introduit l’ordinateur. Les animateurs du Lieu Multiple accompagnent les enfants dans la découverte du logiciel Scratch ».

Un enfant s’initie au codage informatique  grâce au logiciel Scratch.

Un enfant s’initie au codage informatique grâce au logiciel Scratch. (c) Matthias Hardoy.

Les enfants qui assistent aux cours créés par  Sylvie Alayrangues ont entre 7 et 12 ans et ont toujours connu le numérique, de purs digital natives qui arrivent à saisir de façon intuitive des concepts qui ne parlent pas forcément à leurs parents et encore moins à leurs grands-parents. « Je suis impressionné par la facilité des enfants à s’approprier très vite des concepts pourtant complexes tout en s’amusant. Les voir parvenir à résoudre les énigmes que nous leur soumettons, en construisant pas à pas leur propre raisonnement, est particulièrement gratifiant» souligne avec fierté le professeur en sciences fondamentales et appliquées. En assistant aux séances, on constate effectivement que les enfants s’approprient le logiciel avec une facilité déconcertante. C’est le cas par exemple du vif Noé, 12 ans, qui voudrait en apprendre encore davantage sur le codage informatique.

« Je commence à faire un peu le tour de Scratch, je vais tous les jours au moins 30 minutes sur l’ordinateur pour jouer ou pour aller sur internet, j’aimerais apprendre plus encore dans ces cours car je souhaiterais vraiment faire de la programmation plus tard, et pourquoi pas créer des jeux vidéos » déclare Noé avec une belle assurance.

Le défi pour les professeurs est de ne pas ennuyer ceux qui progressent vite tout en restant ouverts à de nouveaux arrivants. «Le challenge est que même si les ateliers reviennent régulièrement, les participants ne sont pas forcément les mêmes. Ainsi, chaque atelier doit être à la fois indépendant des précédents pour être compris par un nouvel arrivant, mais doit être différent et ne doit pas laisser de côté les habitués qui sont vraiment très doués : de petits informaticiens en herbe pour certains» constate Sylvie Alayrangues. Les trois professeurs doivent se remuer les méninges et faire preuve d’imagination pour répondre à l’appétit de ces petits habitués de l’ère numérique. Feuilles quadrillées, perles et jetons sont entre autres de sortie pour faire comprendre à chaque nouvelle séance de nouveaux concepts et algorithmes. Ils sont aidés en cela par le site internet Pixees qui a ouvert récemment.[1] Les cours sont aussi l’occasion pour les enseignants chercheurs de parler de leur métier, de leurs recherches et des débouchés dans le monde de l’informatique. Le jeune Noé, tout en s’amusant, commence tranquillement à se faire un réseau.

  • Plus d’informations :

POITIERS (86) | Lieu Multiple, Espace Mendès-France

1 place de la Cathédrale, 86000 POITIERS

Accès gratuit sur inscription au 05 49 50 33 08

[1] https://pixees.fr/ : ce site fondé par l’INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique, organisme public de recherche dédié aux sciences et technologies du numérique) répertorie un certain nombre d’activités de médiation pour les sciences du numérique.

Matthias Hardoy

Matthias Hardoy

Parle beaucoup de cinéma et un peu d'autres choses (radio, théâtre...) Franco- espagnol de nationalité, finnois de cœur et parisien depuis peu...
Matthias Hardoy

Written by Matthias Hardoy

Parle beaucoup de cinéma et un peu d'autres choses (radio, théâtre...) Franco- espagnol de nationalité, finnois de cœur et parisien depuis peu...