J’ai longtemps été dingue de photo. À l’origine de ma passion,  un cours de photo plasticienne donné par un jeune loup des Beaux-Arts au poil soyeux et l’œil non moins perçant. À l’époque, j’aurais pu passer 2 heures à vous parler de la puissance émotionnelle d’une photographie de David La Chapelle ou d’un photoreportage de Magnum Photos. Mais la mise en scène photographique finit par me lasser. Simpliste, réductrice. Ma rupture avec le jeune con aidant,  je me fis plus rare dans les expos photo.

– En fait, on voulait surtout savoir ce que tu pensais de l’expo Prisons en cours à la Maison Européenne de la Photographie, à Paris.

Laisse-moi me mettre en jambes. Le photographe Grégoire Korganow  s’est débrouillé pour avoir accès à une vingtaine de prisons entre 2011 et 2014 et le droit de tout photographier (intérieur des cellules, cour de promenade, parloirs, douches, « mitard » ou quartier disciplinaire, « cahots » ou cellules disciplinaires, etc.), de jour comme de nuit.

PRISON 2

© Grégoire Korganow, site internet de la Maison Européenne de la Photographie

De quoi me donner envie de m’extraire de mon canapé un dimanche après-midi oisif pour renouer avec les expos photo.

Les retrouvailles, vous le savez, sont souvent décevantes. Pour moi, ce fut une belle claque.

Pendant ces quatre années d’étude de terrain, Korganow est parvenu à se fondre parmi les détenus au point, semble-t’il, de s’en faire oublier. Ses clichés, desquels l’objectif mais également les visages disparaissent, révèlent  « la spatialité, les mouvements, les postures » qui, plus que les éclats violents, caractérisent la condition carcérale (Korganow, « Prisons », 2015).

PRISON 3

© Grégoire Korganow, site de la Maison Européenne de la Photographie

Pas de mise en scène réductrice mais un reportage esthétique, des clichés réalistes et non moins léchés qui donnent véritablement corps à la microsociété des détenus.

Microsociété d’hommes jeunes et forts pour la plupart, à dix dans leur cellule bondée mais seuls dans le cahot, tournant en rond, cherchant l’ombre des barbelés dans le couloir de la promenade bétonnée.

Microsociété de détenus dont les couleurs, l’énergie et la jeunesse comprimées rappellent étrangement celles d’autres quartiers.

 

Prisons de Grégoire Korganow à la Maison Européenne de la Photographie
Du 2 février au 5 avril 2015
Plein tarif : 8 € / Tarif réduit : 4.5 €
Ouvert au public du mercredi au dimanche, de 11h à 19h45.
5/7 Rue de Fourcy – 75004 Paris, Métro Saint-Paul

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