L’actrice est blême, son visage est défait. Pourquoi nous avoir donné autant ? Je la regarde passer des coulisses à la scène, de la scène aux coulisses, l’air vide, vide à vomir, pour sourire et saluer, saluer et sourire, jusqu’à ce que nos applaudissements frénétiques veuillent bien cesser.

Je ne connaissais pas très bien l’actrice Marie Gillain. Je ne m’étais donc pas préparée à l’implication extrême, voire dangereuse, avec laquelle elle vit ses personnages. Mon bonheur et mon émotion en furent d’autant plus grands, ce mercredi soir, au Théâtre Tristan Bernard où Marie Gillain incarne, jusqu’au 18 avril, aux côtés du très fort Nicolas Briançon, la Vanda Jordan de la pièce La Vénus à la Fourrure mise en scène par Jérémie Lippmann.

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Crédit Photo Fabienne Rappeneau

Dans le brouhaha de la sortie, j’entends un spectateur s’exclamer que : « Marie Gillain a mis douze ans à remonter sur les planches après son interprétation d’une hystérique dans Hysteria de John Malkovitch ! » Combien de temps lui faudra-t’il pour se remettre de son rôle de Vanda Jordan ?

La réponse, réalise-je en regagnant le métro, se trouve dans le canevas de la pièce elle-même :

Thomas Novachek, metteur en scène new-yorkais cultivé et convenablement torturé, cherche une actrice hors pair pour interpréter son fantasme d’une nature féminine dominatrice et castratrice dans son adaptation au théâtre du livre de Sacher-Masoch : La Vénus à la Fourrure.  Après une série catastrophique de castings, il est sur le point de quitter son bureau lorsque débarque la candidate Vanda Jordan, sans dessus-dessous, en retard de plusieurs heures, dans un flot de « putains »,  d’excuses  et de sacs à main.

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Crédit Photo Fabienne Rappeneau

Vulgaire et intelligente, brillante et sans gêne, Vanda Jordan s’empare du rôle pensé par Thomas Novachek, incarne de toute sa chair la Vénus dominatrice qu’il lui impose pour mieux se révolter contre elle et enfin s’en libérer à l’issu d’un combat féroce contre le texte, contre elle-même et contre le pouvoir de ceux qui voudraient qu’on soit ceux qu’ils veulent et non ceux que nous sommes.

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Crédit Photo Fabienne Rappeneau

Marie Gillain n’attendra pas dix ans, je pense, pour remonter sur les planches et j’espère que vous n’attendrez pas trois jours pour allez la voir au Théâtre Tristan Bernard car sinon… il sera trop tard !

INFORMATIONS PRATIQUES

Lieu :
Jusqu’au 18 avril au Théâtre Tristan Bernard
64 rue du Rocher, 75008 Paris / Métro Saint-Lazare (ligne 14)

Tarif :
De 16 à 39 euros sur le site du  théâtre Tristan Bernard (Réservations au 01 45 22 08 40)
mais…
On en trouve à 15 euros sur BilletReduc (avec la possibilité, maintes fois exploitée me concernant, de se jeter sur de meilleures places restées vides au lever du rideau),
Ou à moitié prix le jour même dans un Kiosque Théâtre Place de la Madeleine, Place des Ternes ou Place Raoul Dautry (Montparnasse) à Paris.

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