Vincent Thomasset s’empare des « lettres de non-motivation » de l’artiste Julien PrévieuxSi le spectacle est ludique et les comédiens énergiques, on peine à déceler un propos ambitieux et novateur dans la pièce qui fut jouée au théâtre de la Bastille du 10 au 21 novembre dans le cadre du Festival d’Automne. La pièce sera en tournée à partir de mars 2016.

Une scène quasi vide. Un écran, un vieux micro des années cinquante, une lampe suspendue au plafond et au sol, un damier. Le décor est minimaliste, comme pour laisser plus de place aux acteurs et aux fameuses « lettres de non-motivation ». Le metteur en scène, Vincent Thomasset, a donné corps aux lettres de l’artiste-plasticien Julien Prévieux. Celui-ci, de 2000 à 2007, a répondu par la négative (dans des missives surréalistes) aux annonces de recrutement de diverses sociétés. Mais comment répondre sérieusement à ces annonces au langage stéréotypé, démesurément enthousiastes ou, au contraire, mécaniques et dénuées d’humanité ?

Les cinq comédiens sur la scène du théâtre Bastille, tous très bons, sont issus d’horizons différents. Michéle Gurtner et David Arribe, qui passent d’un registre à l’autre avec une facilité déconcertante, sont des professionnels chevronnés. Les autres sont des espoirs en devenir. Johann Cuny – au jeu très «physique» – et la douce et dynamique Anne Steffens, sortent d’écoles de théâtre reconnues. Le plasticien et performeur François Lewyllie est lui désigné par le metteur en scène comme un «réfractaire au plateau». Son jeu n’est certes pas académique mais sa fragilité émeut.

Avec ces comédiens de talent, Thomasset réussit à faire du matériel graphique et visuel de Prévieux un théâtre divertissant. Il faut dire que le monde du travail, ce vaste jeu de rôle social, se prête facilement à la satire et aux détournements ludiques. De la comédie musicale aux films de gangsters, du tragique à l’érotique, du robotique au poétique, on passe par tous les genres, tous les univers.

Lettres de motiv 1-Vincent Thomasset/ Festival d'Automne

Au fond et flous, les 5 comédiens qui incarnent les « lettres de non-motivation » ! (Photo : Théâtre de la Bastille/V. Thomasset)

De toute façon, selon le metteur en scène : «rien qu’en lisant les annonces et ‘les lettres de non-motivation’, on rigole énormément, on se fait une mise en scène dans notre tête, on se raconte des histoires». Il pointe peut-être ici la limite de son spectacle.

En effet, si la direction d’acteurs est irréprochable et la mise en scène souvent habile (l’utilisation du son par exemple, qui nous transporte de l’arrière-cour d’un bar malfamé au bord d’un lac apaisant), on peine à comprendre ce que le metteur en scène veut dire de plus par rapport à l’œuvre de Julien Prévieux. Le théâtre politique n’intéresse pas Thomasset, il ne s’en cache pas. Mais alors pourquoi avoir choisi d’adapter un tel contenu social ?

Dans ses précédentes oeuvres (à part Bodies in the Cellar en 2013), il abordait des sujets intimes dans des spectacles à la frontière entre danse, performance et lecture théâtralisée. Ici la forme est beaucoup plus classique avec une succession d’annonces, de lettres et réponses. C’est dommage que Vincent Thomasset n’ait pas proposé une mise en scène qui bouscule un peu plus son spectateur. A défaut de susciter le débat politique, il aurait au moins marqué les esprits et les rétines. Le spectacle n’est pas mauvais mais ce n’est au final qu’un exercice de style plaisant et un peu sage qu’on oublie bien vite. On attend que Thomasset nous revienne plus audacieux, attente légitime face à un artiste qui s’assume comme un «provocateur», qui ne veut pas «faire du théâtre comme les autres».

Prochaines dates :

1 et 2 mars 2016 : Le Carré – Les Colonnes scène conventionnée, Saint Médard-En-Jalles / Blanquefort

23 et 24 mars 2016 :  Phénix scène nationale, Valenciennes

12, 13, 14 et 15 avril 2016 : Théâtre Garonne – scène européenne, Toulouse

28 et 29 avril 2016 : Passerelle – Scène Nationale, Saint-Brieuc

Matthias Hardoy

Matthias Hardoy

Parle beaucoup de cinéma et un peu d'autres choses (radio, théâtre...) Franco- espagnol de nationalité, finnois de cœur et parisien depuis peu...
Matthias Hardoy

Written by Matthias Hardoy

Parle beaucoup de cinéma et un peu d'autres choses (radio, théâtre...) Franco- espagnol de nationalité, finnois de cœur et parisien depuis peu...