Cet article est extrait du n°9 de la revue Y, téléchargeable ici.

Angleterre et musique, quel beau sujet… Le problème ? Une pléthore d’époques, de styles, d’artistes, de success stories à raconter… Tout ça en quelques pages seulement, alors qu’il faudrait des livres entiers.

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Mettez vos Docs, vos tenues de mods ou vos t-shirts Union Jack, aujourd’hui nous allons vous parler de rock, de pop (oui, on est bien obligés), et de tous les groupes qui ont construit l’identité musicale de l’Angleterre. Non, nous ne citerons pas de compositeurs classiques ni les Spice Girls ou les 1D, mais uniquement des groupes devenus des mythes, des emblèmes de la musique amplifiée tout droit venue d’Albion.

Arrêtons-nous d’abord sur la fin des années 50 et les années 60, qui furent le berceau temporel du rock contemporain. Plus précisément, commençons avec 1957, qui semble être un bon point de départ pour cet article. C’est en effet au cours de cette année décisive (et oui, si tôt déjà… vos parents n’étaient peut-être même pas nés), que s’est formé le jeune groupe au nom d’insecte : les Beatles. Autodidactes, Lennon, McCartney, Harrison et Starr vont, notamment sous l’influence d’Elvis Presley, Chuck Berry ou Little Richard, déverser leur musique sur le monde entier ! C’est à partir de 1961 qu’a eu lieu l’explosion du succès du groupe, avec l’arrivée de Brian Epstein, disquaire de métier, qui est devenu leur manager et le flair de George Martin, leur premier producteur. Au même moment, alors que le milieu rock anglais commence à bouillonner, Joe Cocker entame sa carrière.

Une année plus tard, en 1962, les Beatles enchaînent leurs premiers gros succès (Love Me Do, P.S. I Love You), mais ils devront ensuite jouer des coudes avec les Rolling Stones, qui se forment tout juste… Ces derniers ont un look radicalement opposé, et pour cause : ils ont compris que le facteur provocation a un sens, et surtout un avenir en Angleterre. Cheveux couvrant à peine les oreilles (un scandale absolu à l’époque), clope au bec, les Stones débarquent dans un paysage musical encore dominé par le rhythm’n’blues, et ils sont prêts à tout pour prendre le dessus !

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De 1963 à 1967, la Beatlemania fait rage en Angleterre et dans le monde. On parle même de « British Invasion » aux États-Unis, invasion à laquelle d’autres nouveaux groupes, comme les Stones, contribuent pleinement.

Cependant ces nouvelles sonorités ne sont pas encore du goût de tous, et la BBC ne diffuse à l’époque que 45 minutes par jour des merveilleux groupes qui émergent peu à peu. En effet, 1963 est également l’année de formation des Yardbirds, groupe fondé par Anthony Topman et Keith Relf (qui meurt en 1976 électrocuté par sa guitare, le comble), qui accueille dès la fin de l’année un certain… Eric Clapton.

Vous en voulez encore un peu ? En 1964, les Kinks et les Who se forment, et David Bowie commence sa carrière. Rien que ça… Cette incroyable effusion de génie et de création amène de nouvelles techniques, de nouvelles sonorités, et encore toujours de nouveaux artistes…

En 1965, alors que les Who sortent leur premier album My Generation, Clapton décide de quitter les Yardbirds et recommande alors Jimmy Page, jeune musicien de studio prodige, qui déclinera l’invitation, jugeant sa carrière déjà entamée plus lucrative. Jeff Beck rejoint le groupe à sa place, marquant ainsi le tournant technologique du groupe : il repousse sans cesse les limites techniques de son instrument. Au même moment, les Stones sortent leur éternel (I Can’t Get No) Satisfaction, tandis que les Beatles font découvrir à la planète leur album charnière Rubber Soul, empreint de textes mûrs inspirés par exemple de Bob Dylan. Cette période de gloire pour les « Fab Four » se ternira en 1966, avec l’arrêt de leurs tournées, suite à de trop grandes difficultés pour se produire dans de bonnes conditions, tant le matériel de l’époque est vétuste. Celui-ci n’est en effet pas capable de couvrir les bruits stridents des fans qui empêchent le groupe d’entendre les leurs ! Mais l’année 66 n’est pas pour autant sombre pour le reste de la scène britannique.

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En quittant les Yardbirds, Clapton forme un autre groupe, Cream (premier « supergroupe » de l’histoire du rock), dans lequel Jimmy Page prend enfin sa place et impressionne grâces à ses performances live. Cet élan lui donne (enfin) l’envie d’abandonner sa carrière de joueur studio et de fonder en 1968, avec déjà une solide réputation derrière lui, Led Zeppelin, accompagné de Robert Plant, John Paul Jones et John Bonham. Leurs deux premiers albums (sobrement intitulés Led Zeppelin I et Led Zeppelin II) sortent tous deux en 1969 avec un succès incontestable. Les influences de Page apportent au groupe une diversité rare à l’époque, et ses performances live, toujours plus époustouflantes, font par exemple découvrir aux auditeurs de l’époque l’effet d’un archer de violon sur une guitare électrique dans Dazed and Confused, ou les assauts d’un thérémine dans Whole Lotta Love.

Les années 60 s’achèvent avec, en 1969, la sortie de Abbey Road des Beatles, avec le premier opéra rock des Who, Tommy, et surtout, avec un mouvement culturel contestataire, représenté (notamment par des artistes Britanniques) à Woodstock en 1969.

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À partir des années 70, la révolution par la musique s’intensifie. Thatcher arrive au gouvernement dès 1970, et les mécontentements du peuple prennent de plus en plus vie. L’implication de l’armée britannique en Irlande du Nord divise le gouvernement et le peuple, et la musique devient un réel porte-drapeau, en particulier au service des classes ouvrières, dont les entreprises ne sont plus subventionnées par l’État en cas de difficultés… Tandis que le rock’n’roll s’implante de manière profonde dans le paysage musical anglais, une musique plus contestataire voit le jour… le punk ! Malgré leur durée de vie pour le moins éphémère (entre 1975 et 1978), les Sex Pistols ont largement contribué à l’identité musicale de l’Angleterre. Au même moment, des groupes tels que Joy Division et les Clash se forment, avec des influences plus diverses, un son (un peu) plus « calme », mais des textes non moins engagés.

Dans un autre registre, les années 1970 marquent aussi l’émergence du célébrissime groupe Queen. La formation connaît un réel succès à partir de 1974, avec un son résolument rock tout au long de sa carrière, sauf au début des années 1980, quand le groupe fait une parenthèse « synthétiseurs », notamment avec le tube Another One Bites The Dust. Malgré le décès de Freddy Mercury en 1991, Queen ne se dissoudra jamais, et enregistrera même d’autres albums, comme en 2008 avec Paul Rodgers (ex-chanteur de Free et de The Firm, le supergroupe formé avec Jimmy Page en 1984).

Au début des années 80, on peut dire que l’Angleterre connaît un « creux musical ». Mort de Keith Moon (batteur des Who) en 1978, puis de John Lennon ; dissolution de Joy Division puis de Led Zeppelin en 1980… Suivra la dissolution des Pink Floyd par Roger Waters, et celle des Clash en 1985…

Mais les talents anglais existent bel et bien, et une nouvelle génération prend les devants de la scène dès le début des années 1990. Des jeunes de Manchester forment alors Oasis, groupe pionnier de la britpop, inspiré de ses prédécesseurs, et plus particulièrement des Beatles. Les frères Gallagher et leurs compères ont même eu droit à leur « Oasismania » entre 1994 et 1998, c’est dire !

Dans un registre plus soft rock, Coldplay, influencé par Kate Bush, a été formé en 1996 autour de son chanteur emblématique Chris Martin. Groupe très récompensé, révélé avec Parachutes en 2000, Coldplay vit son apogée avec leur album Viva La Vida or Death and All His Friends en 2008. Formé à la même époque, le trio Muse (1994) se distingue clairement des deux groupes précédents en proposant un véritable son alternatif, parfois très difficile à cerner (surtout dans les premiers albums) ! Leur premier album studio, Showbiz, est sorti en 1999, et a rencontré un succès international immédiat.

À ces trois groupes s’ajoutent des plus récents, mais non moins talentueux, tels que les Libertines (séparés puis reformés), les Kooks, ou encore les Arctic Monkeys

Cette nouvelle donne musicale anglaise est considérée par certains comme une nouvelle « british invasion ». Qu’en pensez-vous ? Une chose est sûre, l’Angleterre a bel et bien de nombreux talents musicaux, avec des identités marquées et qui savent conquérir le monde, quelles que soient les époques !

Benoît Gisbert-Mora et Paola Vavasseur.

Playlist 

A Well Respected Man – The Kinks

Bodies – The Sex Pistols

Cornerstone – Arctic Monkeys

Dazed and Confused – Led Zeppelin

Easy Easy – King Krule

Jumping Jack Flash – The Rolling Stones

London’s Burning – The Clash

Taxman – The Beatles

Viva La Vida – Coldplay

What a Waster – The Libertines

Muse (© Sing me a song)

Muse (© Sing me a song)

Chronologie (non exhaustive)

1957 : formation des Beatles

1961 : début de carrière de Joe Cocker

1962 : formation des Rolling Stones

1963 : formation des Yardbirds, notamment avec Eric Clapton

1964 : formation des Kinks +  formation des Who + début de carrière de David Bowie

1965 : Beck rejoint les Yardbirds + formation de Pink Floyd

1966 : arrêt des tournées des Beatles + formation de Cream + Jimmy Page rejoint les Yardbirds + formation de Ten Years After + Formation de CREAM, premier « supergroupe » de l’histoire du rock.

1967 : sortie de Sgt. Pepper des Beatles et mort d’Epstein

1968 : formation de Led Zeppelin + formation de Yes

1969 : sorti de Abbey Road des Beatles + sortie de Tommy des Who + Woodstock, en Amérique, certes, dévoile certains des grands talents anglais

1970 : séparation des Beatles + formation de Derek & The Dominos + formation de Queen

1973 : séparation de Derek & The Dominos + concert The Song Remains The Same de Led Zeppelin

1975 : séparation de Ten Years After  + formation des Sex Pistols

1976 : formation Joy Division + formation des Clash

1977 : formation des Dire Straits

1978 : mort de Keith Moon (batteur des Who) + séparation des Sex Pistols

1979 : formation des Toy Dolls

1980 : séparation de Led Zeppelin + mort de John Lennon + séparation de Joy Division

1985 : première séparation des Pink Floyd + séparation des Clash

1986 : Gilmour rejoint les Pink Floyd

1989 : formation de Blur

1991 : formation d’Oasis + décès de Freddy Mercury

1994 : formation de Placebo

1995 : séparation des Dire Straits

1996 : séparation des Kinks + formation de Coldplay

1997 : formation des Libertines

2001 : formation des Kooks

2002 : mort de Joe Strummer, leader emblématique des Clash + formation des Arctic Monkeys

2003 : formation des Babyshambles + formation de Bloc Party

2004 : séparation des Libertines

2007 : Reformation unique de Led Zeppelin à l’O2 Arena de Londres

2009 : séparation d’Oasis

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Rédac Chef, amoureuse (de culture, communication et voyages) et passionnée (par les choses innovantes, intelligentes & rigolotes) !
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