À l’occasion de la sortie du troisième numéro de Barberline, nous avons eu la chance de rencontrer les grands gourous de ce magazine vraiment pas comme les autres : Mehdi Sotot, son fondateur, et son associé et ami de longue date, Daniel Yiu.

Barberline

La Revue Y (L.R.Y) : Comment est né Barbeline ?
Mehdi Sotot (M.S.) : À la base, il s’agissait de mon projet de fin d’études, pour lequel je devais faire un site web. À l’époque, je me rasais tout le temps, je cherchais toujours un autre type de barbe, bref, ça a bien fait rire un prof qui a évoqué la possibilité de consacrer mon site à… la barbe ! C’était un peu à contre-courant car on était en plein dans la mode de la moustache. D’où le nom Barberline, qui m’a tout de suite fait penser à borderline… La barbe allait bien au-delà de la mode pour moi, ça a limite été un outil de transformation ! J’ai eu mon diplôme avec ce site, et j’ai commencé à faire des expositions sous le nom de Barberline. Le site me permettait en parallèle de faire quelques articles sur ce que je kiffais. Mais au fond, j’avais toujours voulu faire du papier, j’avais un peu de sous de côté alors je me suis lancé. Ça a tout de suite pris, et au fur et à mesure, j’ai rencontré plusieurs personnes, dont Daniel, qui collabore pleinement avec moi sur le projet.

L.R.Y. : L’attachement au support papier est de plus en plus rare, surtout quand on voit que des médias abandonnent même le contenu éditorial pour se concentrer sur les réseaux. Ça vous évoque quoi tout ça ?
Daniel Yiu (D.Y.) : La façon dont tu vas accompagner ta communauté dépasse un peu la notion de support. Certains vont aller sur les réseaux, mais d’autres vont choisir de faire plutôt des events, des expos, c’est un peu la même chose pour moi tout ça. Si des gens se concentrent sur les réseaux, tant qu’ils arrivent à toucher leur communauté, c’est le plus important.
M.S. : Tout à fait, le but c’est d’avoir de l’info, tout le monde veut tout savoir, tout de suite, et d’une manière ou d’une autre, ils vont l’avoir leur info, que ce soit en la lisant, l’entendent, etc. Le but c’est d’arriver à toucher les gens. Après, j’ai un peu de mal vis-à-vis du papier. Arrêter de faire du contenu web, c’est une chose, arrêter le papier c’est dommage. Tu perds la base du partage. Si dans 10 ans le mec arrête son site et qu’il perd son contenu, et tout le monde va l’oublier. Le papier, ça reste pour toujours.

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L.R.Y. : On trouve très peu de pub dans Barbeline. Comment vous financez-vous ?
D.Y. : On voit l’annonceur comme un collaborateur et pas comme un simple sponsor. On essaie de partager un projet commun et de construire quelque chose avec la marque pour la valoriser, mais également pour rendre le contenu intéressant pour le lecteur.
M.S. : On n’a pas envie de travailler avec des marques qui ne nous plaisent pas, en one shot. Les marques, c’est un peu comme des amis : on apprend à les connaître, et si quelque chose d’intéressant peut se créer, alors on fonce. Pour le moment, on arrive à couvrir les frais liés au magazine avec ces partenariats.

L.R.Y : Nous nous retrouvons quasiment un an après la sortie du deuxième Barbeline, dont la soirée de lancement s’était finie dans la douleur le soir du 13 novembre. Qu’est qui a changé depuis ?
M.S. : Au-delà de la soirée de lancement, c’est l’après-attentat qui a été très compliqué. Au moment de recontacter les artistes, on a fait face à un mur. Les stars qu’on devaient interviewer au départ pour le numéro 3 ne sont pas venues, les concerts étaient bloqués, et on a aussi eu un gros frein sur la promo du numéro 2, qu’on a carrément dû annuler. Bref, ce numéro 3, c’est un peu notre nouveau numéro 1, un nouveau départ. On a été tellement frustrés par le manque de promo du précédent qu’on se venge un peu du mauvais sort, tu vois ? Du coup on a fait trois soirées pour le lancement du dernier magazine !

LRY : Dans vos interviews on retrouve des personnalités très différentes et surtout dont on n’entend pas parler, ou très peu, dans d’autres médias, dont les noms ne parlent qu’aux initiés. Comment choisissez-vous les personnes rencontrées ?
D.Y. : On a des cultures différentes, on a chacun nos petites affinités, tantôt rock ou hip hop, ce qui va guider nos choix au départ. Le but est qu’on parvienne toujours à conserver l’esprit du magazine.
M.S. :
 T’as vraiment deux catégories de personnes : les Français et les Américains. Les Français, c’est surtout des contacts. On nous en parle, on nous met en relation, ça rend les choses finalement assez simples. Pour Grem’s par exemple, on s’est rendu à son vernissage et on est rentrés en contact à ce moment-là. Il a kiffé notre projet et on a pu faire notre interview. Pour les Américains, on va d’abord regarder les dates de leurs déplacements en France. Pour les skaters, on sait via les sponsors quand est-ce qu’ils viennent chez nous, et ainsi de suite. Après, selon les contacts qu’on a réussi à obtenir, on va se décider ensemble, voir si c’est intéressant de rencontrer la personne, mais tout en conservant l’esprit du magazine. Et puis des fois, on a des ratés (rires). On loupe la personne, ou alors on a un refus, ce sont des choses qui arrivent.

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L.R.Y : Comment se compose votre équipe ?
M.S. : On est une bonne dizaine maintenant. Déjà, nous sommes trois associés (Dani, Julien et moi). On a des rédacteurs, des gens de la com’, bref, de tous les horizons. C’est un peu comme un collectif. Chacun apporte sa touche, fait partie de l’équipe. On essaie de devenir une petite famille et de construire quelque chose tous ensemble.

L.R.Y : Barberline, c’est aussi un blog ?
D.Y. : Oui, c’est un projet assez global. Le magazine papier reste un support, un canal d’information au même titre que le blog, qui héberge des rubriques dédiées à la musique, au food & drink, à la culture. C’est un bon moyen de toucher davantage notre communauté, mais aussi d’aller chercher de nouvelles opportunités.

L.R.Y : Que diriez-vous à ceux qui veulent se lancer dans l’aventure d’une publication papier ?
M.S. : Fuyez ! Ahah. Non, pour être sérieux, si des gens veulent se lancer sur papier, et sur n’importe quel autre support, il faut foncer. Après, un magazine papier demande du temps, un peu d’argent quand même, quelques sacrifices, mais ça vaut le coup.
D.Y. : On est nous-même partis de zéro, quasiment sans expérience dans ce domaine, et on en est à notre troisième numéro, avec un tirage de 5 000 exemplaires. La preuve que c’est possible !

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L.R.Y : Si vous pouviez interviewer quelqu’un, n’importe qui, vous choisiriez qui ?
D.Y. : Takashi Murakami. Ce mec est un barge, et j’aimerais bien savoir ce qu’il se passe dans sa tête. Après, j’aurais bien aimé interviewer Rowan Atkinson (l’interprète de Mr Bean). Je me souviens encore des épisodes de Mr Bean qui passaient sur France 3 quand j’étais jeune, je trouvais ça cool, alors pourquoi pas !
M.S. : Eminem, sans hésiter. C’est mon rappeur préféré, j’adorerais l’interviewer. Ensuite, je dirais Hugh Hefner, le patron de Playboy. C’est une épopée de l’histoire de la femme à lui tout seul. Il a façonné une certaine image de la femme, peut-être pas de la manière la plus fine, mais il a quand même eu l’idée de mettre des photos de nanas à moitié nues à côté d’articles qui parlent de tout, et ça c’était révolutionnaire pour l’époque. On devrait essayer avec Barbeline ahah. Pour finir, je dirais Schwarzie. Juste pour lui poser une question : « Pourquoi t’as fait de la politique mec ? ». Ah oui, et puis, on ferait un peu de muscu ensemble. T’imagines, tu vas à la salle avec Arnold Schazenegger ?

L.R.Y : Vous magnifiez vos interviews, comme si la finalité du processus n’était pas le magazine en lui-même, mais son contenu et ce que vous vivez avec les artistes que vous rencontrez…
M.S. : C’est un peu ce qu’on essaye de creuser en effet. On aimerait bien dépasser le stade de la simple interview, en passant une journée entière avec les personnes que l’on rencontre. On a toujours voulu exporter une partie de notre culture grâce aux interviews. Avec Yelawolf, on a eu juste trente minutes, et ça a été les plus rapides de ma vie. Quand on obtient 45 minutes ou une heure avec un artiste, ça change déjà tout. Et plus ça dure, plus la personne va se confier et nous parler sincèrement.

L.R.Y : Où en sera Barbeline dans 3 ans ?
M.S. : Je pense que dans trois ans, le support papier sera devenu un peu moins primordial et qu’on aura fait évoluer le projet sur d’autres supports. On a plein d’idées qu’on va tester au fur et à mesure, mais pour l’instant on les garde pour nous !

L.R.Y : On a le droit à un petit teaser du numéro 4 ?
M.S. : Le numéro 4 va être complètement repensé, mais il conservera l’ADN de Barberline. Concernant les interviews, la seule chose qu’on peut dire, c’est qu’un certain Zakk Wylde sera de la partie !

Le numéro 3 de Barberline est disponible gratuitement chez Colette. Quant au blog, c’est par ici !

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Benoit Gisbert-Mora
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Benoit Gisbert-Mora

Passionné de musique et avide de tendances, spécialiste food & drink !
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Written by Benoit Gisbert-Mora

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