Pour beaucoup de gens, les seventies sont incarnées par le disco, avec ses boules à facettes et pattes d’eph, qui enflamme le dancefloor au son des Bee Gees. Trêve de mauvais goût. Pour moi les emblèmes des années 70 sont les salles de concert underground, les guitares amplifiées et les vêtements couverts de clous. La liberté, la défonce, les potes et la vie au jour le jour : le punk !

© Billedbladet NÅ/Arne S. Nielsen, Riksarkivet/The National Archives, Norway.

Le punk est un genre musical, certes. Mais l’expression désigne aussi une véritable sous- culture ayant des valeurs, un style de vie et une (non-)mode vestimentaire certaine. Petit retour dans le passé, pour mieux appréhender le présent.
Mais le punk a-t-il réellement un présent ? À voir…

Dès le départ, les groupes de punk se sont fait connaître par le grand public grâce à leurs frasques incessantes : ils crachent, se déplacent en bandes, crient des infamies et portent des vêtements déchirés.
Souvent désignés comme Blank Generation (« génération vide »), les punks de l’époque avaient pourtant des idées plein la tête. Leur comportement et leur musique soulevaient les tabous élémentaires de la société, s’opposaient aux institutions dominantes. Leur maître mot était la provocation. Provoquer pour exister.

Pour cela, ils ont développé le DIY, prononcez « Do It Yourself », qui fait aujourd’hui, là est tout le paradoxe, fureur dans les magazines féminins. Souvent issus de familles ouvrières, les punks n’avaient ni les moyens ni l’envie de s’approprier les biens de grande consommation, d’enrichir les grands patrons. Ils ont alors, tant du point de vue vestimentaire que musical, pris le contrôle et fabriqué ce qu’ils voulaient, ce dont ils avaient besoin.
Au niveau musical, cela est passé par l’organisation de concerts, l’enregistrement de sons, la production de supports musicaux et la création de labels… le tout home-made.

Aujourd’hui le punk existe toujours, bien qu’il ne soit pas (ou peu, pour ne pas être trop radicale), présent dans les médias. Les bases du punk sont restées, mais il a aussi évolué, avec, notamment, sa diversification musicale (punk hardcore, punk californien, etc.).

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Pour vous présenter au mieux le punk rock actuel, j’ai interviewé Jules, 23 ans, et ô grand chef de l’asso Carnage Punk Rock.

Paola/Projet Y : Tout d’abord, peux-tu expliquer ce qu’est Carnage à nos lecteurs ignorants ?
Jules : Salut la famille ! Alors Carnage Punk Rock c’est, à la base, une asso pour organiser des concerts. Par la suite c’est devenu un label, puis on vient tout juste de commencer la marque de fringues Carnage Punx en collaboration avec Goeland.fr. Dans l’asso on est aussi une petite équipe à faire des vidéoclips pour les groupes du label : Street Poison, Rocket Dogs, Brain Shake,…

P : Comment décrirais-tu la scène punk française d’aujourd’hui ?
J : Vu de l’extérieur ça doit paraître ridicule. Les groupes ont du mal à vendre 1000 CDs, ça fait pas lourd… Et puis, il n’y a pas plus de deux concerts de punk par an qui peuvent rameuter plus de 1000 personnes… Vu de l’intérieur c’est autre chose ! À Paris, ce n’est pas rare qu’il y ait des concerts 4 fois par semaine, voire 4 le même soir. Pour un groupe, c’est assez simple de trouver des salles, de jouer et de faire des tournées. Les salles de concert se remplissent également assez facilement… mais tu peux aussi faire un gros bide. Par exemple, j’ai organisé deux concerts en juillet dernier : pour le premier, la salle était carrément pleine. Par contre, pour le second, j’ai fait 12 entrées… J’ai dû en boire, du rhum, pour oublier ça !

P : Et au niveau international ?
J : Au niveau international c’est autre chose, l’Allemagne et les pays de l’Est sont de supers pays, c’est génial d’aller jouer là bas, ou même seulement d’aller voir des concerts ! Les States, c’est encore autre chose, ils ont des énormes groupes qui remplissent des supers salles, mais les petits groupes en bavent. Ils arrivent même mieux à tourner en Europe que chez eux… Tant mieux pour nous !

P : Aujourd’hui, pourquoi, pour quoi et contre quoi se rebelle-t-on ?
J : Malheureusement, je pense qu’on se rebelle pour les mêmes choses qu’il y a 30 ans… Rien ne s’arrange pour personne et c’est de pire en pire… Donc ça peut continuer longtemps…

P : Le punk s’est un peu démocratisé, mais il ne s’est pas banalisé (il me  semble) comme c’est arrivé à d’autres courants musicaux. D’après toi, pourquoi ?
J : Putain si je savais, je ferais ce qu’il faut pour que ça change ! Les gens ne savent même pas ce qu’est le punk… Mais, ça fait peur peut-être ? L’image de punk est très négative ! Mais après tout, c’est ce qu’on demande, non ?

P : Comment vois-tu le punk dans quelques années ?
J : Ça va devenir très dur si on ne trouve pas rapidement des groupes pour prendre la place de Rancid, NOFX, Social Distortion, Bad Religion, et tous ces groupes qui sont là depuis 20 à 30 ans. Les jeunes qui découvriront le punk dans 10 ans n’auront plus rien à se mettre sous la dent… ou du moins, pas de groupes mythiques ! À nous de changer la donne ! Je crois qu’on est peut-être sur une bonne lancée, il y a énormément de groupes qui voient le jour et qui cartonnent ces dernières années !

P : Un dernier petit message pour les lecteurs ?
J : Oi dans vos cœurs ! Carnage Punx !

Si vous voulez découvrir un peu plus Carnage, ses fringues et ses groupes, vous pouvez aller checker sur goeland.fr et carnagepunkrock. bandcamp.com. Et y’a aussi une cool compile Carnage « Friends & Family #1 » disponible en téléchargement !

© Manon Monjaret, 2012.

© Manon Monjaret, 2012.

En ce moment, le punk, sa musique et certains de ses codes sont de plus en plus repris. L’électro-punk fait fureur auprès des hipsters et même votre petite sœur porte un jean troué et une veste avec des clous. Pourquoi pas, après tout…

Alors, le Punk est-il mort ?
En guise de réponse, je choisis la facilité : à vous d‘en juger.

 

Paola Vavasseur
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Rédac Chef, amoureuse (de culture, communication et voyages) et passionnée (par les choses innovantes, intelligentes & rigolotes) !
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