Le nouveau spectacle de Valérie Lemercier est très réussi. Classique dans la forme, mais le talent de Lemercier tant dans l’écriture que dans le jeu sont si grands qu’on ressort heureux du Châtelet !   

Elle déboule seule sur scène dans une grande tunique noire et c’est parti !
Valérie Lemercier en grande comédienne n’a pas besoin de décor ni d’accessoires car elle se suffit à elle même, elle peut tout jouer, avoir tous les âges…

La mise en scène très sobre de son spectacle joué au Châtelet jusqu’au 8 novembre met en valeur ce talent qu’elle a de camper un personnage en quelques secondes. Comme tous les grands humoristes, elle se sert d’abord de son corps pour croquer des instantanés de vie, pour être par exemple un vieillard lubrique, une femme mal mariée ou un académicien plus vrai que nature. On sent le plaisir extrême qu’elle a d’être sur scène et de nous transporter rien qu’avec sa voix et sa gestuelle dans des univers si différents. La scène est un voyage terriblement grisant mais parfois éprouvant. Ceux qui ont déjà été confronté à un public ne le savent que trop. Ils ne peuvent donc qu’admirer ces fous, ces athlètes de la comédie qui y vont sans matériel et sans partenaire.

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On est soufflé devant cette performance qui fait avant tout beaucoup rire. L’humour de Lemercier, associé à l’écriture avec l’actrice et auteure Sabine Haudepin n’est pas politique, il est vachard et tendre en même temps. Elles saisissent nos petits travers et nos grandes névroses. Elles se moquent de l’optimisme forcené qu’on nous vend et des injonctions qu’on nous lance à la figure. Certains critiques ont reprochés à la comédienne de ne pas avoir introduit assez de nouveaux personnages, de n’avoir pas pris trop de risques, ils n’ont pas complètement tort ! Mais en même temps, le rire immédiat de très nombreux spectateurs lorsque surgit la fameuse Renardière montre que beaucoup viennent pour retrouver avec joie ces anciennes connaissances.

On ressent le respect des deux auteures pour tous les personnages qui disent toujours des choses justes dans des discours en apparence fous et absurdes. Elle est touchante, par exemple, cette fille adoptive de Jacques Chirac qui réconforte son voisin tenté par l’exil. On rigole de sa naïveté mais on finit désarmé par son franc-parler. Ce rire pas condescendant pour un sou allié à une énergie de feu ne peut que charmer et convaincre les spectateurs du Châtelet.

Matthias Hardoy

Matthias Hardoy

Parle beaucoup de cinéma et un peu d'autres choses (radio, théâtre...) Franco- espagnol de nationalité, finnois de cœur et parisien depuis peu...
Matthias Hardoy

Written by Matthias Hardoy

Parle beaucoup de cinéma et un peu d’autres choses (radio, théâtre…) Franco- espagnol de nationalité, finnois de cœur et parisien depuis peu…