Quoi de plus rebelle et dangereux, à première vue, que de faire un film en Iran sur la transsexualité ? Pourtant, Une Femme Iranienne, le nouveau film de Negar Azarbayjani, n’a pas été victime de la censure. Si des opérations de changement de sexe sont pratiquées en Iran, les transsexuels sont loin d’être acceptés par tous dans un pays où la religion occupe une très grande place. Comme beaucoup ailleurs, ils sont réduits à la marge et bien souvent au silence.

Alors pourquoi ce film qui met un personnage trans au cœur de son récit n’a pas créé de polémique ? Sûrement à cause de son apparent classicisme et de sa simplicité.

C’est l’histoire d’une simple rencontre, le récit d’une amitié. Rana, femme pieuse forcée de conduire un taxi pour rembourser la dette qui empêche son mari de sortir de prison, prend dans son taxi Eddie, issu d’un milieu bourgeois. Eddie veut fuir Téhéran pour vivre en Europe en tant qu’homme alors que sa famille le voit toujours en femme et veut le marier de force à son cousin. Au début, Rana, choquée, ne comprend pas Eddie puis, petit à petit, se prend d’affection pour lui et décide de l’aider. Le scénario est habile car tranquillement, il démonte les a priori et les peurs. Il n’attaque pas violemment la religion mais démontre à travers le personnage de Rana que croyance et tolérance peuvent aller de pair. Si la construction du film est de facture classique, c’est pour montrer que l’histoire d’Eddie est d’une très grande simplicité et que la transsexualité est quelque chose de tout à fait normal.

 Eddie (Shayesteh Irani ) veut fuit Téhéran pour vivre  une vie d'homme en Europe

Eddie (Shayesteh Irani ) veut fuir Téhéran pour vivre une vie d’homme en Europe.

Dans le film, ce sont les parents trop autoritaires et les voisins mesquins qui compliquent les choses. Le film nous dit, l’air de rien, que l’on a tout à fait le droit de tracer son chemin librement. La société et la religion n’ont pas à nous brimer. L’important c’est de ne pas juger les autres, de les écouter, d’être fraternels. Les actrices sont exceptionnelles, troublantes et émouvantes à la fois ; en particulier Shayesteh Irani dans le rôle d’Eddie, si sensible et si déterminé à prendre le contrôle de sa vie.

Matthias Hardoy

Matthias Hardoy

Parle beaucoup de cinéma et un peu d'autres choses (radio, théâtre...) Franco- espagnol de nationalité, finnois de cœur et parisien depuis peu...
Matthias Hardoy

Written by Matthias Hardoy

Parle beaucoup de cinéma et un peu d'autres choses (radio, théâtre...) Franco- espagnol de nationalité, finnois de cœur et parisien depuis peu...